Home » Français » communiqué de presse » Réponse à l’entrevu du Dr N. Khoury

Réponse à l’entrevu du Dr N. Khoury

Enter your email address to follow this blog and receive notifications of new posts by email.

Join 289 other followers

  • إقرأ بالعربية هنا
  • Read in English here

L’Association Médicale Libanaise pour la Santé Sexuelle (LebMASH), suite à l’interview du 6 juin 2013 avec Dr Nabil Khoury sur la chaine OTV, aimerait clarifier le suivant:

Tout d’abord, l’utilisation des termes “luti” (argot dérogatoire en arabe pour homosexuel) et “souhak” (argot dérogatoire en arabe pour lesbienne) est en même temps offensive et provocatrice. Ceci mène à marginaliser les homosexuels/lles. Nous demandons à tous les professionnels de santé au Liban de s’abstenir à utiliser de tels termes. Alternativement, les termes Mithli (gai) et Mithliyya (lesbienne) sont appropriés et ne présentent aucun jugement pour ces personnes. C’est notre devoir, en tant que fournisseurs de soins de santé, d’aider les gens à conduire des vies plus saines. L’utilisation de termes dérogatoires pour décrire une catégorie de la société va par la suite encourager l’abus, l’intimidation, le pré-jugement et la discrimination auxquels ces individus sont déjà soumis, ce qui va aggraver leur état de santé. (1)

Nous sommes d’accord avec le Dr. Khoury en ce qui concerne le manque d’alliance entre les caractéristiques sexuelles secondaires et l’orientation sexuelle. Un homme efféminé peut être attiré sexuellement à d’autres hommes et une femme féminine peut être attirée sexuellement à autres femmes.

Dr. Khoury ne tient pas compte des connaissances actuelles basées sur des recherches scientifiques concernant l’homosexualité. Par contre, il discute des idéologies différentes qui expliquent l’homosexualité d’un point de vue personnel.

Dr. Khoury partage ses points de vue :

    1. Il considère que l’homosexualité est pathologique et résulte d’un déséquilibre hormonal.

    2. Il soutient le point de vue de l’église et de la Chariaa Islamique qui considèrent que l’homosexualité est anormale et que les homosexuels sont fautifs.

    3. Il parle des facteurs déclencheurs : le surplus ou le manque d’affection, l’abus sexuel, l’utilisation de pronoms féminins pour les garçons et des pronoms masculins pour les filles et le “négativisme” qui peuvent aboutir à une demande d’attention. Dr. Khoury réclame que “le facteur le plus important qui peut aboutir à l’homosexualité est l’abus sexuel”. Il explique que celui-là peut aboutir à l’isolement, la méfiance et à des problèmes psychologiques résultant ainsi en une orientation homosexuelle.

    4. Selon lui, le fait que les filles interagissent avec d’autres filles peut aboutir à une attraction sexuelle entre elles et à leur homosexualité. Dr Khoury également affirme que dans certains cas, l’homosexualité chez la fille est due à l’échec d’attirer les hommes. Il réclame que dans des cas pareils une femme devient lesbienne pour compenser son échec.

Malheureusement, presque tout ce que Dr Khoury a mentionné est erroné et trompeur. Il n’y a aucune preuve qui lie l’abus sexuel ou le fait de gâter son enfant avec l’orientation sexuelle de cet enfant. Sa tentative d’expliquer l’homosexualité féminine n’est basée sur aucune recherche ni connaissance scientifique.

Plusieurs théories ont été proposées concernant l’origine de l’homosexualité, mais une réponse définitive n’a toujours pas été trouvée. Les recherches n’ont pas été capables de découvrir les origines de l’homosexualité. Tout comme la gaucherie et les autres attributs de l’homme, l’homosexualité se manifeste, probablement, à cause d’un mélange de facteurs génétiques, biologiques et environnementaux.

Nous sommes surpris, en 2013, de voir Dr. Khoury parler d’une école qui considère l’homosexualité comme une maladie en sachant qu’en 1973 (il y’a 40 ans), l’Association Américaine de Psychiatrie, chef mondial en matière de santé mentale, a éliminé l’homosexualité de sa liste de désordres mentaux. L’année suivante, l’Association Américaine de Psychologie a éliminé l’homosexualité de la liste de maladies. Dès lors, toutes les grandes organisations médicales et de santé mentale ont adopté ce point de vue. L’Organisation Mondiale de Santé (OMS) a éliminé l’homosexualité de la liste des maladies en 1990. L’OMS déclare: “L’homosexualité ne constitue ni un trouble ni une maladie dans aucune de ces manifestations individuelles et donc ne nécessite aucun traitement”. (2)

De nos jours, et dans notre domaine médical, le consensus mondial considère l’homosexualité comme une variation normale et naturelle de la sexualité humaine, sans aucun effet intrinsèque nuisible sur​ la santé de l’individu. Il est surprenant et décevant de voir le Dr Khoury ignorer complètement ces connaissances courantes communes et plutôt propager des stéréotypes dépassés et des informations prouvées fausses il y a longtemps.

Nous sommes également très déçus de voir le Dr. Khoury donner une image très conflictuelle des homosexuels qui sortent du placard (qui ne cachent pas le fait d’être homosexuels). Le Dr. Khoury utilise le terme “impolitesse positive”, un terme très intéressant et inhabituel. Il affirme également que ces gens se sont dévoilés parce qu’ils ont un “esprit de défi”.

Nous croyons que les homosexuels sont des citoyens égaux dans les sociétés où ils vivent et devraient donc avoir le droit de s’exprimer sans être appelés par des termes provoquant et péjoratifs.

Le Dr. Khoury parle des gens qui ne sont pas homosexuels comme étant “aadi” (l’arabe pour normal), reflétant encore une fois sa croyance qu’être homosexuel est anormal.

Le Dr. Khoury mentionne aussi injustement que la loi Libanaise 327 interdit l’homosexualité. En fait c’est le code pénal 534 qui interdit “l’acte sexuel non naturel entre deux personnes” et cette loi est souvent mal interprétée au Liban pour criminaliser l’acte homosexuel. En 2009, un verdict est sorti d’un tribunal à Batroun dans le cadre de l’article 534, dans lequel le juge nia l’application de l’article sur les homosexuels. (3)

Quand on parle de traitement, nous sommes d’accord avec le Dr. Khoury en ce qui concerne le fait que l’orientation sexuelle ne peut pas être changée. Cependant, nous sommes profondément tourmentés qu’il admette en publique qu’il encourage les familles à essayer de changer le comportement sexuel des gens qu’ils aiment.

Les individus homosexuels au Liban souffrent de l’intimidation, de l’abus verbal et physique, et de la discrimination de la part de leurs familles, écoles, communautés, et de la société en large. Autour du monde, la discrimination et les pré-jugements ont été classés comme facteurs marginalisant les homosexuels et conduisant à un retard de leur demande des soins de santé. Notre devoir en tant que fournisseurs de santé est de nous débarrasser de ces pré-jugements qui pourront nuire à la santé de nos patients.

Le Dr. Khoury soulève un point très important à la fin de son interview. Il affirme qu’il recommande parfois que les gens aperçoivent l’homosexualité comme un choix et de la traiter comme tel. Au fait, les autorités dans le domaine de santé se sont mis d’accord que l’orientation sexuelle homosexuelle ou heterosexuelle n’est pas un choix. Le fait de suggérer que l’homosexualité est un choix met les homosexuels au Liban à un risque plus élevé de l’intimidation, de crimes contre eux-elles, et d’abus. Ils pourraient être perçus comme choisissant volontairement d’être homosexuel, ce qui est moralement inacceptable.

Le Dr. Khoury termine son interview en affirmant que nous n’avons pas encore une bonne compréhension concernant l’homosexualité et nous n’avons aucune preuve concluante autour de ce sujet. Nous tenons à souligner que cette déclaration aurait pu être vraie en 1969. Cependant en 2013, nous avons des études scientifiques qui indiquent que l’homosexualité:

  • N’est pas un choix
  • N’est pas considérée comme une maladie
  • Elle est considérée comme une variante normale de la sexualité humaine
  • Ne peut pas être changée ainsi que les tentatives de la changer peuvent aboutir à des effets néfastes.

LebMASH appelle tous les fournisseurs de soins de santé au Liban d’être prudent avec les informations qu’ils diffusent sur l’homosexualité dans les médias. Une recherche mise à jour sur le sujet est exigée avant toute apparition aux médias. LebMASH serait plus qu’heureuse de fournir toute preuve scientifique et tout article nécessaire concernant ce sujet. Nous le devons au public de s’assurer que l’information partagée avec lui soit scientifique, précise et non biaisée par un préjugé ou avis personnel.

Références:

  1. Wagner GJ, Aunon FM, Kaplan RL, Karam R, Khouri D, Tohme J, Mokhbat J. Stigma sexuel, bien-être psychologique et engagement social parmi les hommes qui font du sex avec des hommes à Beyrouth, Liban. Cult Health Sex. 2013 May;15(5):570-82.
  2. L’Organisation Panaméricaine de Santé/Organisation Mondiale de Santé OPS/OMS. Énoncé de position. “Traitement” d’une maladie qui n’existe pas. 17 Mai 2012. (Trouvé le 6 Mai 2013 ici)
  3. “Juge Libanais se prononce contre l’utilisation de l’Article 534 pour poursuivre les homosexuels” Bekhsous. 28 Dec 2009 . (Trouvé le 6 Mai 2013 ici)

—————————————————————–

L’Association Médicale Libanaise pour la Santé Sexuelle

LebMASH logo

Twitter @LebMASHorg

Facebook /LebMASHorg


7 Comments

  1. […] détenir des pouvoirs qu’ils n’ont pas. Cela pourrait être une référence à l’apparition récente d’un «psychologue» sur l’OTV dont les arguments au sujet de […]

  2. […] libanaise pour la santé sexuelle (LebMASH), qui s'était clairement positionnée le 17 mai, répondait à une interview du psychologie et sexologue Nabil Khoury, diffusée par la chaine OTV, dans […]

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: